Connaissez-vous le « langage des signes »
qu’utilisent cyclistes quand ils roulent en groupe ?
Quand vous roulez à plusieurs, vous êtes généralement soit en file indienne soit par deux si c’est autorisé dans votre pays (pour la Suisse : (re)lisez mon Bêtisier des amendes d’ordre pour les cyclistes).
Or, en groupe, il y a 2 choses qu’on ne voit pas :
- les cyclistes derrière nous et ce qui se passe à l’arrière
- ce qui se passe à l’avant
Si, dans une cyclo ou une randonnée organisée, on ne communique pas forcément (mais parfois quand même !), entre copains on est plus coopératif, car on ne veut être ni responsable ni victime d’une chute, c’est normal !
Alors pour répondre à une de mes fidèles lectrices, qui débute le vélo de course, voici le langage des signes utilisés par les groupes de cyclistes.
Mais sachez que ces signes peuvent différer d’un pays à l’autre – eh oui ! Alors ceux que je vais présenter ici sont « suisses » et j’espère aussi « français » et « belges »ou plus globalement européens, mais ils ne sont pas « québécois » ! Du moins pas tous… je vous montrerai.
D’autre part, dans certains pays comme aux USA par exemple on est plus « verbal » que « gestuel » : on crie beaucoup ! Je l’ai découvert lors de mes camps chez Stephen Roche à Majorque, où ils y avait souvent des Américaines dans mon groupe. Nous les Européens étions un peu déroutés…
Question illustrations, j’ai eu de la peine à trouver des images pour cet article, et comme je ne sais pas dessiner, vous voudrez bien m’excuser de n’avoir pas pu illustrer tous les signes. Les 4 dessins ci-dessous sont extraits du site Mobilesport.ch.
Par ailleurs, ma liste de signes n’est certainement pas exhaustive ! J’ai mis ceux que je connais et que j’utilise. N’hésitez donc pas à me signaler ceux qui manqueraient. Je n’ai volontairement pas mis non plus les signes utilisés par les professionnels, pour les relais etc., peu ou pas employés dans les groupes de cyclo – sportifs/touristes.
Quelques conventions pour les signes :
De manière générale, les signes sont utilisés pour tout ce qui se passe en tête du groupe – ou du moins avant le dernier cycliste.
Le signe est souvent préféré à la voix, car il est clair et se voit bien.
C’est le chef de file qui va faire un signe et les cyclistes derrière vont le répéter.
Il n’est pas indispensable que chaque cycliste relaie le signe, mais au moins un cycliste sur deux ou trois. Mais plus il est répété, mieux c’est.
Evidemment, si un danger intervient alors que le chef de file est déjà passé, le premier qui voit le danger va le signaler aux suivants (un piéton qui surgit ou une portière qui s’ouvre par exemple).
Par contre, il ne faut pas soi-même se mettre en danger (ou les autres) si on ne peut pas lâcher son guidon juste à ce moment-là. Dans ce cas, soit on ne relaie pas le signe soit on peut aussi crier, on le verra. Parfois on fait les deux. Mais souvent les signes se font en silence.
Signes utilisés en groupe :
Tendre le bras à gauche ou à droite à l’horizontale :
C’est le signe que tout le monde connaît pour tourner à gauche ou à droite.
Comme je l’avais décrit dans mon article Giratoires à vélo – guide pratique de survie, il vaut mieux en abuser que le contraire.
Astuce : lorsque vous tendez le bras (c’est valable surtout quand vous êtes chef de file ou seul ou à deux), votre bras n’est pas un clignotant ! Il ne va pas rester en l’air pendant toute la manoeuvre.
Donc cherchez le contact visuel avec l’automobiliste et si vous constatez qu’il ne vous regardait pas quand vous avez levé le bras, refaites le geste !
Pointer du doigt vers le sol signifie :
« Attention, obstacle ! il y a un caillou ou un trou ou un objet à éviter »
Ce signe peut être fait par exemple avec la main droite pour le cycliste qui passe à gauche du danger (comme sur le dessin) puis avec la main gauche par le cycliste suivant, s’il passe à droite du danger.
Tendre la main vers le sol et la secouer signifie :
« Attention, il y a du gravier, du sable, un mauvais revêtement »
Généralement c’est dans le bord, donc il faut s’écarter pour l’éviter ou passer doucement.
Astuce : quand il s’agit de briques de verre, utilisez plutôt le signe que je décris juste après et cette fois-ci criez : « Briques de verre » ou « Attention, verre » ! pour être sûr que personne ne roule dessus et ne crève.
Vous trouverez aussi des astuces sur les dangers de la route dans mon article sur les Pièges de la route à éviter à vélo de course.
Rabattre sa main derrière droite 1-2x dans le dos signifie :
« Attention, écartez-vous ! » ou « tassez-vous », comme j’ai lu dans un article
Il y a un obstacle (bord de trottoir, piétons au bord de la route, cycliste plus lent, voiture parquée etc.) et il faut s’en écarter pour passer.
Rappel : lorsque vous roulez seul, il faut au contraire faire un signe de la main gauche pour indiquer à la voiture qui vous suit que vous allez vous écarter, pour qu’elle puisse comprendre votre brusque écart et vous éviter.
Passer le bras 1-2 x dans le dos de gauche à droite signifie :
« Attention, il y a un obstacle en travers de la chaussée (sur toute sa largeur) »
Cela peut -être : des rails, une tranchée, une grille transversale, un dos d’âne (ou un « gendarme couché » comme on dit en Suisse).
Il faut se préparer à ralentir, à lever les fesses de la selle pour ne pas « taper » sur le l’obstacle. Si on reste assis, on risque de pincer sa chambre à air et de crever !
Tendre le bras vers le sol, avec la main horizontale qui « presse » vers le sol signifie :
« Ralentir ! » car ça freine devant ou parce que le revêtement est mauvais (travaux, passage dangereux etc.)
C’est le signe traditionnel utilisé par tous (piétons, automobiliste) pour demander à un véhicule de ralentir.
Lever la main au-dessus de la tête signifie :
« Stop ! »
Tout le monde doit s’arrêter ( à un stop, un feu rouge etc.) et souvent on crie en même temps : « Stop ! » pour éviter de se rentrer dedans…
Autres signes utilisés à l’intérieur du groupe :
Certains signes sont destinés à une bonne « gestion » au sein même du groupe, et là à nouveau on utilise parfois plutôt le geste que la parole (mais parfois les deux) :
Pointer du doigt l’espace devant la roue de son voisin de droite signifie :
« Je peux me rabattre devant toi ? »
En effet, si vous roulez par deux et que vous devez vous rabattre sur une file, si vous êtes à gauche, vous allez demander à votre voisin de droite à pouvoir vous rabattre devant lui. Il va alors ralentir légèrement pour créer un espace et vous laisser la place pour vous insérer.
Tendre le bras droit (mais pas le doigt) en diagonale vers le sol signifie :
« Je dois m’arrêter d’urgence ! »
Pour cette manoeuvre, si vous êtes à gauche, il faut impérativement vous faufiler d’abord pour vous retrouver tout à droite au bord de la route et ensuite faire le signe de la main.
Mais souvent on crie en même temps : « Je m’arrête ! » ou « Stop, j’ai crevé ! » etc.
Astuce : dans ce cas, faites le signe et criez avant de ralentir, puis ralentissez doucement et déclippez en tendant la jambe (signe supplémentaire indiquant votre arrêt).
Ne plantez pas sur les freins, sinon le cycliste derrière vous va vous toucher et tomber
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Voici une vidéo qui présente la plupart des signes que j’ai décrits :
Si vous ne pouvez pas visionner la vidéo, cliquez sur l’icône YouTube en bas à droite !
Les signes « parlés » :
Dans certaines situations, on ne peut pas faire un signe, comme par exemple :
- en descente
- quand on ne peut pas lâcher le guidon
On va alors crier qu’il y a un danger devant :
- « Attention ! »
- « Gravier ! »
- « ça glisse ! »
- « Voiture ! »
- « Tracteur ! »
- etc…
Et comme on l’a vu plus haut :
- « Briques de verre ! »
Quand un véhicule derrière vous aimerait dépasser, cette fois-ci ce sont les cyclistes tout à l’arrière qui vont crier :
« Voiture ! » ou « Voiture derrière ! »
Le mot va être relayé vers l’avant pour que tout le monde se resserre sur 2 files, voire sur une seule file.
Dans une montée sinueuse en Forêt Noire, nous étions suivis par un semi-remorque, qui ne pouvait pas nous dépasser, même sur une file, car il manquait de visibilité.
Comme nous n’étions que 4 ou 5, le premier du groupe nous a fait signe de s’arrêter sur une zone de dégagement pour le laisser passer.
Le conducteur nous a remercié de la main avec un grand sourire !
Les signes sont différents au Québec !
Comme je vous le disais on n’utilise visiblement pas les mêmes gestes d’un continent à l’autre. Voyez plutôt :
Si le premier signe est est le même qu’en Europe, en revanche les deux autres sont complètement différents ! Surtout le virage à droite, qui me laisse plutôt perplexe…
Alors j’espère que ces différentes indications seront utiles aussi bien à vous, cyclistes européens, si vous allez rouler au Québec, qu’à vous, cyclistes québécois, si vous venez en Europe !
Signes non significatifs :
Parfois aussi, on gesticule… mais pas du tout pour indiquer un quelconque danger, comme par exemple :
- quand on pointe du doigt quelque chose de joli ou d’intéressant
- quand on se détend le bras et la main en les secouant vers le bas
- quand on tend son bras vers l’arrière pour détendre son épaule
- etc…
En groupe, ces gestes sont donc à faire avec modération, pour éviter que soudain certains ne pensent qu’il faut bifurquer sur le petit chemin là à droite et pas les autres… aïe ! risque de collision !
Antoinette











une convention de signes existe à la FFCT qui sont appris dans les écoles de cyclotourisme ou dans les stage initiateur et moniteur…
dans chaque groupe il doit y avoir un chef de file et un serre-fil
le principal signe (par la voix) est le « droite devant » ou le « droite derrière »
annoncé et remonté ou redescendu par les cyclos du groupe. Obstacle, voiture, en face ou à l’arrière, chacun juge si il doit se mettre en file indienne et à ce moment là fait un signe comme tu le dis.
Le passage de 2 à 1 se faisant en quiconce.
Les cyclistes (qui sont pour moi les compétiteurs) ont d’autres signes parfois bien à eux. Ton article est très intéressant car de la sécurité on en parle jamais assez, et sur la route nous sommes malheureusement beaucoup exposés. alain kesako
Merci pour ces infos supplémentaires, c’est très intéressant ! Et bravo à la FFCT pour donner ces directives.
Cela me fait penser à un signe que j’ai oublié: pour se serrer sur une file, le leader du groupe tend le bras en l’air, l’index pointé vers le ciel, ce qui signifie « une seule file ! ».
Ahah encore un super article… quelle variété, tu ne manques jamais de sujets!
Certains de ces signes, je ne les connaissais pas, c’est donc bon à savoir. Comme par exemple le ‘puis-je me rabattre devant toi?’ ! Sympa l’idée.
Tu as un don pour bien décrire des choses visuelles avec les mots, comme par exemple la ‘paume de la main qui presse vers le sol’ pour dire de ralentir! Bien vu!
Merci ! Le mérite en revient aussi à Patricia qui m’a soufflé le sujet
Et tant mieux si j’ai pu t’apprendre de nouveaux signes ! J’ai trouvé qu’Internet était « pauvre » sur le sujet (mais je n’ai pas fouillé pendant des heures, je l’avoue), d’où mon obligation de donner des descriptions alors qu’un dessin aurait été plus parlant… ou pourquoi pas un petit film sur le vélo, si on était à la belle saison
la prochaine fois qu’on fait une sortie vélo en commun, je veux bien faire le caméraman derrière toi pour illustrer tout ça
Très volontiers ! Et si on est un petit groupe ce sera encore mieux
Coucou,
Pour le virage à droite au Quebec… ça vient surement des anciens signes des voitures sans clignotant (il faut être vieux pour avoir vécu ça!!! Mon père avait des voitures comme ça que j’ai conduit)… comme on peut seulement mettre le bras gauche dehors, tourner à droite était comme dans le dessein…
Hello Monica !
En effet, ça pourrait bien être l’explication… si un/e Québécois/e lit ces lignes, peut-être pourrez-vous le confirmer ?
Mais il semblerait que ce signe soit en voie d’être abandonné :
Lors d’un virage à droite, le cycliste doit étendre complètement le bras droit ou plier l’avant-bras gauche en pointant la main vers le haut pour montrer son intention de tourner. Toutefois, une proposition contenue dans l’actuel projet de loi 71 modifiant le Code de la sécurité routière suggère l’abandon de la seconde manoeuvre.
D’ailleurs on trouve bien les deux variantes dans le Code de sécurité routière du Québec :
490. 2° pour tourner à droite, placer l’avant-bras gauche verticalement vers le haut ou placer le bras droit horizontalement
Un grand merci pour cet article d’une très très grande utilité pour une débutante comme moi!
Amicalement
Patricia
Merci de m’avoir proposé le sujet ! C’était une bonne révision pour moi, complétée d’ailleurs grâce à Gil dans son commentaire par un signe que j’avais oublié
Bsr Antoinette, oui je confirme ce sont bien les mêmes gestes que nous utilisons en France, la gestuelle est complétée par la voix mais c’est bien les bras qui sont le plus usités. On peut rajouter le signe circulaire effectué avec le bras gauche par le chef de file à l’attention du véhicule qui arrive par l’arrière et qui ne peut voir devant si la route est dégagée ou pas, c’est donc le premier de cordée qui lui fais signe s’il peut passer ou pas. On utilise aussi le sifflement lorsque la file s’étire et que l’on commence à distancer les moins rapides ou plus fatigués. Voilà on peut aller rouler en Suisse sans problèmes de compréhension…
Merci Gil ! J’ai en effet oublié ce geste très apprécié des automobilistes pour les laisser nous dépasser : en effet, eux ne voient pas forcément si la voie est libre devant…
Par contre, le sifflement pour rallier les troupes, je ne connaissais pas… soit il n’est pas passé la frontière suisse, soit je ne roule pas avec des siffleurs
Mais comme tu le confirmes, on va pouvoir se comprendre entre « voisins » !